Je suis invité par le Festival du livre Jeunesse de Villeneuve-Loubet samedi et dimanche 13 et 14 mai. Je participerai à une rencontre animée par Fernande LUCAS samedi 13 mai à 16h30 à l'"Espace Débat" sur le thème Parents/Ados : la nécessité de grandir.



Ecole : Qu’est-ce qu’un mauvais élève ?

Les conflits familiaux en rapport avec la question du suivi du travail scolaire, et surtout de ses résultats, sont loin d’être uniformes et identiques à toutes les familles. A première vue, on serait tenté de dire qu’il s’agit là d’une question de dispositions personnelles, les fées de la studiosité semblant s’être penchées sur certains enfants et en avoir oublié d’autres.
Les psychothérapeutes reçoivent souvent en consultation des parents venant consulter d’urgence, souvent sur l’impulsion d’un instituteur ou d’un professeur, alarmés qu’ils sont par les difficultés scolaires que rencontre leur enfant et atterrés par le verdict qui le sanctionne: “mauvais élève” !
Généralement, il existait depuis bien longtemps déjà des indices révélant que l’enfant était sur une mauvaise pente. Mais les parents, trop occupés à gérer leur propre vie, ratent d’ordinaire cette croisée des chemins où les choses pourraient encore être aisément expliquées et élucidées. Lorsqu’ils viennent consulter avec leur enfant, les choses se sont déjà fortement enkystées et ils se sentent dépassés par les événements. Alors, qu’est-ce qu’un mauvais élève ?

Un manque de dispositions ?

Il se peut que certains enfants aient, pour reprendre un euphémisme parental, peu de dispositions pour l’école, toutefois, il semble que dans l’immense majorité des cas, un tel argument soit destiné à expliquer après coup et un peu facilement une situation plus complexe et comportant plusieurs volets. Mais généralement, les parents s’en arrêtent au constat “mauvais élève” et ne se posent pas la question de savoir ce qui a pu se passer à la maison ou dans la famille, qui produise cette prestation négative.
Je ne peux évidemment pas recenser toutes les raisons conduisant un enfant à devenir mauvais élève, chacun réagissant individuellement et selon sa personnalité, sa sensibilité et son contexte. Quoi qu’il en soit, si votre enfant se trouve dans ce cas, il faudrait vous poser les questions suivantes:
- A-t-on présenté à l’enfant l’école sous un jour menaçant ? (“Tu verras, quand tu seras à l’école, si tu feras tant d’histoires !”).
- Y a-t-il à la maison une atmosphère angoissante qui rend difficile la vie familiale (disputes parentales, instance de divorce...) ?
- Un événement est-il intervenu chez vous qui ait pu affecter votre enfant (naissance d’un autre enfant, déménagement...) ?
- Votre enfant a-t-il du mal à suivre à l’école car il a une année d’avance ? (il faut noter ici que nombre de psychologues – et je suis de ceux-là - s’exercent en faux contre la tendance à vouloir faire sauter une classe à un enfant. Ils estiment que les huit premières années de scolarité devraient être suivies intégralement, chaque année correspondant à un stade du développement de l’enfant).
- Y a-t-il quelque chose ou quelqu’un à l’école qui lui fait peur ?
D’ordinaire, les parents, au lieu de se poser ces questions, et de s’efforcer d’y répondre, tendent à réagir face à cet état de chose de trois manière différentes.
- soit ils vont sermonner l’enfant avec des arguments qui ne peuvent qu’être abstraits pour lui (par exemple:”Si tu ne travailles pas bien, tu n’auras pas un bon métier plus tard.”, “Tu deviendras balayeur des rues !”...).
- Soit ils vont le menacer de toutes sortes de privations (vacances à la neige, vélo...)
- Soit ils vont le punir réellement (privation du sport préféré, de télévision, de sorties...).
- Soit, ils vont, s’ils en ont les moyens, lui faire donner des cours de rattrapage.

De mauvaises affaires

J’ai l’habitude de dire qu’un enfant n’est pas un “mauvais élève” (cette expression, au demeurant, me semble antipédagogique au possible dans la mesure où le mot mauvais est très culpabilisant (mauvais = pas gentil), mais qu’il “gagne mal sa vie” ou qu’il fait “de mauvaises affaires”. En effet, ses efforts, et quelle qu’en soient leur nature et leur intensité (pour certains enfants, aller à l’école est déjà un acte d’héroïsme) sont mal rétribués parce que désordonnés ou non reconnus. Une jeune femme me racontait que lorsqu’elle était enfant, sa mère, divorcée, très dépressive, faisait souvent des tentatives de suicide la nuit et que c’était à elle, le matin, que revenait la tâche de téléphoner aux pompiers. Un matin, me confiait-elle, écœurée de ces scènes à répétition, elle était partie à l’école sans prévenir personne. Sa mère avait tout de même survécu.

Il faudrait comprendre qu’un enfant n’est pas “mauvais élève” sans raison. Dans tous les cas, sa prestation négative doit être considérée comme l’expression d’une difficulté (généralement provisoire) à coopérer, c’est-à-dire à prendre (les informations émanant du professeur ou de l’instituteur) et à donner (les devoirs). Le problème majeur du “mauvais élève” réside dans son découragement. Ce découragement est un cercle vicieux. Provenant au départ d’une raison extérieure à lui-même et à l’école (difficultés parentales, mauvaise ambiance à la maison...) il pousse l’enfant à se détourner, à se démotiver et à renoncer (“J’ai des problèmes plus importants”). Cette situation le conduit à prendre du retard, retard qui, derechef, entrave sa compréhension des leçons et des devoirs, ce qui le démotive et le décourage encore davantage. (Si vous voulez savoir ce que ressent l’enfant dans cette situation, imaginez-vous en train de prendre en route un film compliqué qui a commencé depuis une demi-heure. Il est possible que vous arriviez à la fin sans en avoir compris le sens).
D’ordinaire, un enfant aime participer, il aime donner sa contribution à la vie qui se déroule devant et avec lui. Lorsqu’il délaisse ou néglige sa participation, il faut y voir un signe équivalant à un sentiment de “perte d’identité”. Il appartient aux parents (sinon aux enseignants) de déceler et de comprendre au plus vite ce signe afin d’aider l’enfant à retrouver la voie de la coopération et de l’intégration dans le processus scolaire.
En conclusion, je répéterai ces trois points qui me semblent importants. Un enfant qui a des problèmes de résultats est un enfant découragé. Il ne travaille pas “mal” à l’école: il gagne mal sa vie. Le mauvais travail scolaire est le signe d’une certaine “perte d’identité”; à vous d’essayer de le traduire et de le comprendre.

* Patrick Estrade est l’auteur de nombreux ouvrages. Sont parus notamment : Parents-Enfants : Pourquoi ça bloque ; Vivre sa vie : comprendre, décider, agir ; Le couple retrouvé ; L’amour retrouvé (Editions Dangles) ; Un reflet d’infini ; Pensées à mûrir, pensées à sourire (Editions Dervy).
Copyright © Francis mise à jour du 29 Août 2013